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(TROUVÉ)

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Forget all about equality ▬ Mila
MessageSujet : Forget all about equality ▬ Mila Dim 9 Nov 2014 - 4:11

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Master & Servant (Depeche Mode) by Nouvelle Vague on Grooveshark

Elle lui avait dit dimanche après-midi.
Il s'était guidé jusque chez elle avec l'adresse qu'elle lui avait laissé. Le papier s'était abîmé comme le font les feuilles dont on pense ne jamais se servir — tout cela lui semblait terriblement loin, il y avait des mois qu'il avait plié cette adresse. Il lui semblait que le parchemin sentait encore la Suède, mais peut-être le souhaitait-il simplement très fort. Tout cela était terriblement étrange.

Montag avait d'elle un souvenir très précis. Il l'avait trouvé excessivement belle lorsqu'il l'avait vue, puis il l'avait trouvée excessivement intelligente lorsqu'il l'avait abordée. C'était fou comme il avait pu l'aimer : il se rappelait presque mieux les contours de son visage que des contours de Malmö. Mila, elle lui avait dit, c'était Mila qu'elle s'appelait. Il se tenait devant sa porte à Londres, mais dans son esprit il ne pouvait pas l'arracher à la Suède. A la légèreté de la Suède, au détachement de la Suède, à l'oubli de la Suède, à toutes ces choses qu'il avait laissées à la Suède. A la Suède comme à la Norvège, d'ailleurs — après tout, c'était elle qui était partie la première. C'était à la Suède qu'il pensait lorsqu'il lui avait écrit. Ce sera encore à la Suède qu'il penserait lorsqu'il la verrait.

Il avait été surpris qu'elle lui réponde. Mila avait probablement connu plusieurs Montag Primavera dans sa vie, elle en connaîtra plus encore. Il était toujours devant cette porte, mais tout le long de son chemin à travers Londres c'était à Malmö qu'il pensait encore. Il l'avait trouvée bien singulière, elle lui réclamait toujours le contrôle, dès qu'il avait ouvert la bouche elle lui avait arraché la direction de la conversation. Plus comme un enfant que comme un amant, il avait bu ses paroles. Il était facile de se faire aimer de Montag, mais jamais on ne s'en était fait admirer si vite — tout à fait honnêtement, il avait cru à une nuit sans lendemain, mais il y avait fini par en avoir sept. Ce n'était pas de la passion, c'était de l'intérêt : Montag était affreusement intrigué. A trop la laisser le faire parler il avait fini par en oublier comment agir. Lui qui se laissait si facilement faire par les femmes, il s'était surpris à se laisser aller au naturel — dans tout son dévouement il avait fini par se souvenir de son animalité.

Pourtant, il était revenu.
C'est vrai, concrètement les hommes fuient les femmes qui contrôlent, c'est bien connu. Et au fond, Montag lui-même n'aimait pas qu'on lui vole de ce pouvoir masculin ; aussi paisible soit-il, il restait un prédateur. Mais il était sur ce perron qu'il n'aurait jamais cru voir, pire encore rien n'aurait pu le faire partir. Il voulait la revoir. Il ne s'était pas demandé pourquoi mais les réponses étaient sans doute toutes rattachées à un orgueil ridicule. Il était curieux d'elle, il était curieux de lui, il voulait reprendre un peu de ce contrôle que pourtant il lui laissait volontiers. Il voulait savoir ce qu'elle pouvait faire de lui, ce qu'il pouvait faire d'elle, ce qu'il pouvait faire pour elle. Et puis surtout, quelque part, il priait pour que la porte s'ouvre sur un simulacre de la Suède.


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Forget all about equality ▬ Mila
MessageSujet : Re: Forget all about equality ▬ Mila Lun 24 Nov 2014 - 0:07

I won't let the sun hide behind my moutains of the West.


Il s'était produit cette semaine quelque chose d'inattendu dans la vie de Mila. L'inattendu, si parfois il l'agace, elle trouve ça beau : il lui offre à respirer dans une atmosphère d'un gris trop monotone. Et cette fois ci, l'inattendu a pris une très belle forme – c'était une lettre.
Une lettre orale, dont elle s'est étonnée d'en reconnaître immédiatement la voix. Dès les premières syllabes, elle a su, elle a sourit, et une joie nostalgique a éclot comme une rose dans son esprit. Elle l'a réécoutée plusieurs fois, amusée par la légère maladresse et la douce sincérité qui s'en dégageait. Ça aussi, elle l'a reconnu tout de suite, s'est dit, c'est bien lui.
Montag.

Il est un reliquat de son voyage en Suède, qui datait déjà d'il y a plusieurs mois. Il lui semblait des années, il lui semblait des siècles. C'était un autre monde, inconciliable avec ce qu'elle vivait au quotidien, Londres, la pluie, le ministère, les papiers, le bureau. Détaché du présent pour ne former qu'une bulle confortable et réconfortante dans le passé, où il neigeait, où les langues étaient plus rudes et les gens plus blonds. Et dans cette bulle, Montag. Un enfant, un homme, quelqu'un qui l'écoutait et qu'elle écoutait aussi, dont elle avait entendu à plusieurs reprises le cœur battre juste sous la peau nue, tout près d'elle. Un drôle de visage tout en angles doux et deux grands yeux bleus qui la fixaient sans sembler s'en lasser. Elle l'avait laissé faire, elle aimait qu'on la regarde, à condition qu'elle puisse regarder aussi.

Tout était si simple avec Montag. Il était si facile d'accès, il était si engageant, ne demandait pas d'effort de sa part, elle n'avait eu qu'à parler, et il l'avait écouté. Comme c'était agréable ! Il lui avait semblé, pendant cette douce semaine passée à Malmö, renouer avec le temps des rencontres, des relations sans contraintes, celles qui n'ont rien de tordu et filent droit, sincèrement, sans poser de questions envahissantes. Le passé, l'avenir, ils ne savaient rien de tout ça, ne voulaient pas savoir : leur seul présent avait été beau, doux, passionné, futile mais tellement plaisant. Cette époque des rencontres avait été la marque de sa jeunesse pas si lointaine, et avait disparu lorsqu'elle était devenue une adulte qui travaille, responsable, engagée. Il revenait sporadiquement, le temps d'un voyage. Montag en était le symbole, l'étendard. Ce qui est bon, ce qui est accessible – et loin d'être inintéressant. Sa candeur lui plaisait, ce joli contraste entre l'immaturité et la capacité d'écoute et de réflexion qu'elle avait vue chez lui, alors qu'ils parlaient de choses et d'autres, librement. Elle avait aimé le découvrir.
Mais elle était partie, sans regrets, le laissant dans le froid. Elle n'était pas femme à avoir des regrets, et il ne l'avait pas retenue outre mesure. Elle lui avait laissé son adresse, par une sorte de respect, pour la mémoire : oui, cette relation avait bien eu lieu. Non, elle ne l'oublierait pas. Il n'avait qu'à lui écrire, et il verrait bien – elle n'aurait pas oublié. Il y aurait toujours une place dans sa tête et dans son cœur pour lui, Montag, l'homme de la Suède.

Mais elle n'avait pas sérieusement pensé qu'il oserait franchir le pas, qu'il prendrait le temps de lui adresser un mot, et qu'il tiendrait à la revoir. Il était encore jeune, et elle aussi ; elle avait cru à une passion sans lendemain, qu'une fois rentrés au bercail la vie reprendrait son cours, et les amants aussi. Ça avait effectivement été le cas. Mais voila qu'un beau jour sa voix résonne dans son bureau, comme un fragment polaire atterri au beau milieu de Londres. Montag ne l'a pas oublié, ne l'a pas effacée de la liste de ses préoccupations, comme elle a pu le faire, elle : ça la touche. Elle a envie de neige, subitement, d'un feu de cheminée crépitant et d'une nuit perpétuelle, et de le revoir, comme elle aurait aimé revoir Malmö, son voyage, ses souvenirs. Montag a eu la bonne idée de faire ressortir en elle cette douce passion, ce lâcher prise réconfortant typique des vacances.

Il est dimanche après-midi et Mila est chez elle, attendant une visite qu'elle n'avait même jamais imaginée plausible. Elle attend sans impatience particulière – en lisant un livre en suédois – car elle ne lui a pas donné d'heure précise, elle sait juste qu'avant ce soir elle le verra. Et finalement, alors que le soleil commence à tendre vers l'ouest, on frappe à sa porte.
Lorsqu'elle ouvre, elle a l'impression de faire un bond de plusieurs mois en arrière, tout en gardant les pieds solidement ancrés en Angleterre. Il semble appartenir à ailleurs et pourtant il est là, devant elle, et dès qu'elle le voit elle sourit, avec une sincérité ravie. Le même visage plein de drôles de fossettes, les mêmes grands yeux bleus dans lesquels on plonge si facilement – oui, c'est bien lui. Montag. Je ne pensais pas qu'un jour je te reverrais. Son ton est doux, s'accorde avec son sourire – elle est enchantée. C'est comme si quelqu'un lui avait offert un voyage surprise.
Elle l'embrasse, pas sur la bouche, sur les joues, avec délicatesse. Puis elle s'écarte pour le laisser passer, et elle ferme la porte derrière lui.

Son appartement est assez chic, et la décoration baroque témoigne de son goût pour les salles d'opéra. Si tout reste méticuleusement propre et ordonné, du fait d'une femme de ménage appliquée, on sent bien que la place commence à manquer et que la propriétaire n'a que peu de scrupules à entasser livres et objets un peu partout. Mila se dirige vers le salon, et sur la table trônent une bouteille et deux verres. C'est du vin rouge moldu, un très bon cru, mais dis moi si tu veux autre chose, dit-elle assez distraitement en remplissant les deux verres sans attendre sa réponse. Elle lui servirait autre chose, s'il voulait. Puis elle s'assoit dans un des deux fauteuils carmin, style victorien ; l'autre, juste en face d'elle, est pour Montag. C'est drôle de le voir évoluer dans un tel décor : il n'a rien de cette grandiloquence un peu pompeuse qu'on respire ici. Mila s'y sent bien, mais peut-être que lui trouvera ça étrange… Le décalage, en tout cas, l'amuse.
Elle le fixe, scrute son visage. Dire qu'il lui avait manqué serait mentir, puisqu'elle n'avait pas pensé le revoir un jour : mais elle ressent tout de même un doux réconfort rien qu'en le regardant. Il a toujours cette drôle de beauté un peu animale, douce et un brin sauvage, qu'elle a aimé et qu'elle aime encore. Rien ne s'abîme, tout reste ancré, et il suffit de voir rejaillir le passé pour que les mêmes sentiments reviennent et retrouvent leurs places dans son esprit, comme s'ils n'étaient jamais partis. Oui, c'est ça : c'est comme si Montag n'était jamais parti. Il est toujours là, avec elle – il est toujours le même, et il apporte la Suède avec lui.

Pourtant, il a bien du se passer des choses, entre temps. Raconte moi. Ça fait longtemps que tu es rentré ? Commencer avec des banalités, pour cerner la situation, avant d'approfondir la discussion. Approfondir comment, elle ne savait pas, ils verraient bien. Le simple fait de lui parler lui suffisait.


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Forget all about equality ▬ Mila
MessageSujet : Re: Forget all about equality ▬ Mila Sam 31 Jan 2015 - 1:01

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Au fond, pourquoi avoir écrit ?
Quel besoin avait-il d'écrire ?
Puisqu'il était là maintenant et qu'il l'avait saluée, et qu'il était assis maintenant, dans son fauteuil, avec son verre dans la main, à respirer son air, à s'intégrer à son espace.
Et seulement maintenant la question se pose : pourquoi avait-il écrit ?
Enfin, pourquoi avait-il raté à envoyer une lettre orale, le terme est plus approprié.
Et il n'était pas dans son élément ici.
C'était quelque chose de relativement évident, il écorchait le regard entre ces murs n'est-ce pas ? Parce qu'il était si... Et qu'elle était si... Parce qu'il n'était rien de toutes ces choses dont elle semble s'entourer, voilà tout. Il le pensait sans aucun sentiment car c'était simplement un fait : il était un intrus ici. Entre le plafond haut et ces murs blancs, et ces livres autour d'eux, et cette atmosphère, simplement, qu'elle dégageait et qu'elle refermait sur lui... Un intrus dans tout ça. Car il y avait ici cette torpeur qu'il ressentait mais qu'il ne parvenait pas à assimiler puisque tout chez lui rejetait ce charme, parce que ses gestes étaient trop agiles et trop contrôlés, simplement, parce qu'il était beaucoup trop sauvage pour être ici.
Mais ça ne l'empêchait pas d'être là, n'est-ce pas ? De fendre l'atmosphère et de s'asseoir dans son fauteuil et de prendre son verre. Car ça ne lui permet que de désagréger un peu de tout ce qu'elle a ici pour en faire quelque chose de plus à lui, quelque chose de plus...
De plus...
Comment dire ça ?
De moins sophistiqué ?
De plus primitif ?
Enfin, c'est une façon polie qu'il a de savoir qu'il ne sera jamais une partie de tout ça.

« Je te remercie. » Il n'y connaissait pas grand chose en vin, enfin, il savait la différence entre certains d'entre eux... Mais, les noms, toute cette science autour du vin ? Non. Il avait le très bon odorat de déceler ce qu'il y a dans son verre mais, apprécier à sa juste valeur ce qu'on lui met entre les mains, non. « Il est excellent. »

Elle avait des jambes magnifiques.
C'était là tout un art que de bien la regarder dans les yeux et de pourtant savoir qu'elle a des jambes magnifiques. Il réalisait qu'il pouvait se vanter de connaître les deux, mais, pourtant... Quoi d'autre ? A part ses jambes et sa conversation, est-ce qu'il connaissait autre chose ?
Est-ce qu'il en avait envie ?
Parce qu'évidemment la réponse était que non, qu'il l'appréciait comme ça, partagée entre ses jambes et ses paroles mais... Tout de même cette curiosité maladive qu'il a... L'instinct qu'il a de vouloir posséder tout son environnement, de toutes les façons qu'il peut, de toutes les façons qu'il sait.

« Raconte-moi. Ça fait longtemps que tu es rentré ? »
C'est vrai qu'il y avait maintenant du temps qu'ils ne s'étaient pas vus.
Il l'avait oublié dès qu'il s'était assis car il lui avait semblé s'être glissé quelque part entre Malmö et Londres, et le temps n'avait plus vraiment d'importance maintenant. Ce n'était pas lui qui tordait ainsi l'espace-temps, mais il s'y piégeait très facilement.
« Non, pas vraiment... Il y a environ deux mois. Enfin, rentrer c'est un bien grand mot, j'ai l'impression que tout a changé ici. Ou alors je n'ai pas de mémoire... » Il essayait de boire le plus lentement possible mais l'élégance n'était pas tout à fait son plus grand atout. « ... Ce qui est fort probable aussi, en réalité. J'ai oublié de le dire mais, tu as un très bel appartement. Ça... » Il balayait une nouvelle fois la pièce du regard. « ... te convient bien ? Je veux dire que ça te ressemble beaucoup, ici. » Car il ne l'avait toujours imaginée qu'entourée de livres et de vin et de blanc. « Je ne sais pas si ça a beaucoup de sens. »

« Tu dois te demander pourquoi je t'ai envoyé la lettre. »
Il se le demandait aussi.
« Parce que c'est vrai, ça n'a jamais ressemblé à... Comme si j'allais te contacter de nouveau. Ou comme si j'avais une raison de le faire. Je ne viens pas te harceler. » Une pause. « Ni quoique ce soit d'autre, d'ailleurs. »
Donc... Pourquoi ?
« Enfin, en fait, je me demande aussi. Pourquoi à peine rentré l'idée m'est venue d'envoyer ça. » Il reposa le verre sinon il serait fini trop vite, et il aurait l'air ridicule. « J'imagine que c'est parce que la conversation était intéressante. »
Intéressante, oui.
Comme quelque chose qui attise tant sa curiosité peut l'être, sans doute.
« Est-ce que tu as voyagé ailleurs, pendant tout ce temps ? »




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MessageSujet : Re: Forget all about equality ▬ Mila Jeu 5 Mar 2015 - 21:43

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Le vin rouge dans son verre était légèrement plus sombre que la moyenne ; il diminuait de volume lentement, au fur et à mesure qu'elle buvait, puisque c'est ainsi qu'elle avait appris à boire, lentement, élégamment. Il était mal vu, chez les bourgeois, de consommer son vin trop vite, de même qu'il était mal vu de tenir son verre à deux mains ou de porter le vin directement à la bouche sans en sentir l'arôme ni en examiner la robe. Elle faisait maintenant cela naturellement, comme elle respirait, comme elle souriait, comme elle se tenait droite pour tenir son rang et affirmer sa présence. Même chez elle, elle était ainsi – surtout chez elle, en fait. Son aura devait imprégner chaque centimètre carré d'air, elle devait être partout, elle devait montrer ce que sa volonté était la seule force ayant cours dans ce trois pièces. Aujourd'hui plus que jamais, cela lui semblait réussi – aujourd'hui plus que jamais, car elle avait en face d'elle un élément de contraste saisissant.
Montag ressemblait à un animal sauvage avec un collier d'or autour du cou. Une tentative d'apprivoiser un fauve, de lisser la fourrure d'une bête des bois, de l'amadouer à coup de caresses et de nourriture raffinée, inhabituelle pour lui. Elle avait l'impression de le tenir enfermé, comme en laisse, et ne savait pas si elle appréciait cela, ou non. Elle aimait la prise de pouvoir, mais pas comme ça. Elle avait aimé – aimait encore – Montag pour ce qu'elle n'était pas, pour cette lueur agile dans le regard et ces gestes si étranges, si féroces et si doux, qu'elle n'aurait jamais. Elle préférait le voir libre, il était bien plus beau libre.
Cependant il se tenait là, assis sagement, et elle devait bien avouer qu'il était drôle, mal à l'aise dans son univers à elle. Il buvait le vin avec rudesse, en lui disant qu'il était excellent mais elle avait du mal à le croire – ce n'était que du vin, ce n'était qu'une science trop humaine, trop haute et en dehors de lui, de sa personne, de ses yeux bleu pale et de ses gestes prestes. Pourquoi était-il là ? Ça ne devait pas être très agréable, pour lui. Le vin, l'appartement, le fauteuil en velours et les bonnes manières ; elle était tout cela, mais lui ne l'était pas. Il y avait une raison à sa présence ici – peut-être était-il intrigué ? Peut-être s'ennuyait-il ? Il ne pouvait pas l'aimer, de cela elle était certaine – du moins, l'aimer du grand amour, l'aimer comme une raison de vivre, l'aimer et aimer tous les sacrifices qu'elle pourrait nécessiter. Elle-même ne l'aimait pas comme ça. Ils ne se sont jamais aimés comme ça, à Malmö, ils n'ont jamais cru se revoir et s'ils se sont aimés, c'est de manière fugace, un peu hasardeuse et pourtant maîtrisée, un peu animale et pourtant très humaine. Simple. Mais il était là, comme pour approfondir cette simplicité. Pourquoi ?

Il répondit à sa question, la première. Qu'était-il devenu ? Deux mois qu'il était rentré, et tout avait changé. Je ne sais pas si tout a changé, peut-être que c'est juste toi qui as changé… Pour moi, tout est toujours pareil, mon quotidien est le même. Je ne m'ennuie pas… Ou peut-être que si ? Mila s'ennuierait-elle dans l'activité ? Voila qui lui semblait grossier ; elle avait toujours porté le travail en haute estime, c'était un moteur, un stimulant. Pourtant… Il faut se faire à la routine ; ce n'est pas toujours facile, et peut-être – je pense, en réalité, que tu n'y es tout simplement pas habitué. Il ne s'y habituera jamais, se dit-elle. Montag n'était pas fait pour Londres et le travail acharné que la ville nécessite. Montag ne lui semblait pas fait pour le travail acharné du tout. Il devait chercher son quotidien ailleurs.
Elle sourit à sa remarque sur son appartement. Bien sûr que ça me convient bien, c'est ici que je vis. Je l'ai aménagé pour que ça me ressemble ; c'est chez moi, et chez personne d'autre. Et c'est pour cela que tu ne t'y sens pas très bien, je me trompe ? Ce n'est pas grave. Ce n'était pas grave qu'il ne s'y sente pas très bien, c'était normal, c'était même une bonne chose. Cela suscitait une réaction, une adaptation de sa part. C'était très intéressant à observer. Je ne sais pas si ça a beaucoup de sens. Ça n'a pas besoin d'en avoir, c'est très bien comme ça.

Il répondit à sa deuxième question, celle qu'elle n'avait pas posée mais qui semblait, pour lui comme pour elle, évidente. Pourquoi ? Il semble dire que ce geste le surprend lui-même, parce que ce n'était pas prévu ainsi, ce n'était pas ce genre de relation. Il ne vient pas la harceler, ni quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs. Je sais bien, dit-elle doucement, tu n'as rien d'un harceleur. Si je t'ai invité, c'est que j'avais envie de te revoir, tu sais. Je ne t'ai pas oublié… Tu es toujours le bienvenu chez moi. Elle avait cherché son regard pour le rassurer, lui offrir un sourire vrai qui témoignait de sa joie de le revoir ; elle baissait maintenant les yeux, comme par dignité. Elle ne voulait pas que ça ressemble à ce que ça n'était pas, elle ne voulait pas qu'il croit à des choses fausses. Il ne le ferait pas, pensait-elle malgré tout. Elle pouvait parler avec sincérité, il ne se ferait pas d'illusions. Espérait-elle. Elle ne voulait pas le blesser.
Malgré tout, pourquoi alors ? Il se le demandait. Elle se dit qu'il avait agit par instinct, et cela ne l'étonnait pas de lui – il avait beaucoup d'instinct.
J'imagine que c'est parce que la conversation était intéressante. En entendant ces mots, les yeux de Mila se mirent à briller, et un grand rire gai sorti de sa bouche, illuminant son visage de manière inédite. Elle ne riait pas souvent, mais là… Il y avait tellement d'innocence, d'étrangeté et de maladresse dans cette phrase qu'elle ne put s'en empêcher. La conversation ? C'est bien la première fois qu'un homme me dit ça ! Elle avait toujours un grand sourire aux lèvres, mais il n'était pas moqueur, il était tendre. Enfin… Si nous n'avions fait que discuter, Montag, serais-tu revenu me voir ? Elle avait comme une impression que oui, peut-être, mais en même temps elle avait du mal à concevoir sa relation avec Montag sans le moindre attrait physique. Ça s'était fait comme ça, très naturellement, comme si ça n'aurait jamais pu être autrement. Il était étrange de vouloir réinventer cette histoire, surtout de cette manière. La conversation… Oui, c'est vrai, elle avait été intéressante. Montag était un homme intéressant. Mais de là à croire que c'était la seule chose qui l'avait fait revenir… Peut-être. Sans doute pas. De toute manière, lui-même semblait l'ignorer.

Est-ce qu'elle avait voyagé, depuis ? Oui. Je suis partie une semaine à Paris, pour des vacances. Pour les Mangemorts, en réalité. Puis deux semaines à Malaga, en Espagne, pour une mission diplomatique. Et c'est bien tout… C'était déjà beaucoup, mais presque trop peu. Elle était déjà à Londres depuis plus d'un mois à présent, bloquée ici, dans la routine, les papiers, les choses peu motivantes. Pas de voyage à l'horizon avant un bon moment ; c'était gris et morne, comme perspective. Mila aimait les voyages, et la découverte. Ça n'était pas vital – rien ne lui est vital – mais c'était important. Il y avait un voyage, en particulier, qu'elle rêverait de refaire. Tu sais, j'aimerai repartir en Suède. J'aime ce pays, j'aime les voyages que j'y ai fait… Les gens que j'y rencontre. Mon quotidien est trop bien réglé, alors c'est comme une bulle d'air, ça me permet de m'échapper un peu. Elle le regarda. Londres n'a pas l'air de t'exalter, toi non plus. Et si on repartait ? avait-elle envie de demander. Mais c'était impossible, et pire, inutile. Elle ne pouvait partir que pour le travail – et pour rien d'autre. Cela l'agaçait, la bloquait : le travail comme seule perspective de voyage. Où était passée sa prime jeunesse, ses vagabondages, sa vie d'errance et son bonheur à la fois précaire et permanent ? Partis. Elle était adulte maintenant, et elle ne connaissait que l'ordre et les emplois du temps. Elle aimait cela. C'était parfois triste, mais c'était comme ça.
Montag, devant elle, par sa simple présence, semblait remettre cette affirmation en question.


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Forget all about equality ▬ Mila
MessageSujet : Re: Forget all about equality ▬ Mila Dim 15 Mar 2015 - 3:51

With you on top and me underneath
Forget all about equality

Le confort aurait été un mensonge : il souffrait d'être ici. Même s'il y avait la joie de ce souvenir, certes, et cette satisfaction de la voir assise ainsi, avec ses si belles jambes — il y avait une difficulté à être dans cet appartement. Et toute cette pression n'était que l'extension de celle qu'il connaissait déjà dehors, qu'il avait déjà supportée avant même de passer la porte, mais elle avait semblé se décupler au moment même où il s'était assis sur ce fauteuil, et il ne savait plus s'en défaire à présent. Même si, avec le bonheur d'être ici, et de se souvenir de Malmö... De la pression qui lui plaît un peu, peut-être, suffisamment pour qu'il ne se soit pas déjà levé pour fuir. Parce qu'il était toujours assis, comme on le lui avait demandé, et il avait bu ce vin, et il avait dit ces choses stupides. Il ne pouvait pas prétendre plus longtemps, il fallait obligatoirement qu'il fasse quelque chose ou qu'il en casse une, au moins, simplement pour crever un peu de cet univers qui lui était étranger, et le rappeler un peu à lui, se l'accaparer par pure jalousie. Mais il restait assis. Ses mains s'étaient rangées entre ses genoux et il se tenait aussi bien qu'il le pouvait. Surtout, il restait assis.

« Est-ce que tu trouves que j'ai changé ? » Il se sentait attaqué, certainement, pour réagir ainsi. Même si tout cela était dénué d'hostilité, même si, au contraire, tout cela lui plaisait au fond — de la voir de cette façon et qu'elle lui parle ainsi, qu'elle le regarde ainsi, que toute entière elle domine l'espace qu'elle connaît si bien. Même si rien dans tout cela ne lui déplaisait, il ne pouvait s'empêcher de se sentir envahi. Donc, trouvait-elle vraiment qu'il ait changé ? Ou voyait-elle simplement mieux combien il était difficile pour lui d'être convenable face à elle ? « Mais je pourrais très bien ne jamais m'y habituer, non ? Puisque dès que j'essaie je m'enfuis au fin fond de la Scandinavie. » Parce qu'elle lui parlait de routine et il était évident que tout son corps rejetait ce terme, que Montag Primavera ne pouvait décemment intégrer ce concept, cette idée de la routine, comme un enfant sauvage qu'on forcerait à devenir civilisé peut-être — mais il ne pouvait pas accepter cela. La routine. Accepter de s'y plier. Malgré les tentatives, il ne savait que la fuir. Donc, ce n'était pas une affaire d'habitude. « Je ne sais pas si mon appartement me ressemble autant. » Et ça non plus, aucune habitude là-dedans. Son appartement qu'il méprisait tant à part lorsque quelqu'un y venait, Shukar pour y dormir ou d'autres pour autre chose, parce qu'il ne lui ressemblerait jamais autant. Parce que personne ne se sentirait intimidé par quoique ce soit là-bas, que ça n'était pas chez lui, décemment, tout juste là où il dormait. « Je crois que le problème ne vient pas de chez toi, je ne dois simplement pas être fait pour la vie en appartement. » Comme les animaux, c'est cela ? « Même si c'est vrai qu'ici est le dernier cadre dans lequel on m'imaginerait, j'imagine. » Avec cette atmosphère et un verre de vin.

Il avait fini son verre trop vite et il en était conscient. Il était probablement mal assis, et il le savait aussi. Et Mila devait probablement s'en amuser, puisqu'elle savait tout cela ; elle savait ce qu'il fallait faire et elle savait qu'il n'en était pas capable. Avec cette façon qu'elle avait de le regarder et de lui sourire, et qu'il avait d'aimer cela, sans doute, d'aimer être regardé comme elle le faisait — puisque tout cela était dénué de désir de lui nuire, il le comprenait. Lorsqu'elle riait, par exemple, certainement pas à ses dépends, et qu'il en tirait une certaine fierté quelque part, de la faire rire ainsi, puisqu'elle ne semblait pas d'ordinaire encline à rire si fort. Il l'écorchait davantage qu'il ne le pensait, n'est-ce pas ? Pour pouvoir l'entendre rire ainsi. C'était quelque chose qu'il avait lui, qu'il forçait à naître chez elle, même s'il ne savait pas se tenir convenablement.

Au fond, il connaissait Mila. Il savait des choses d'elles, ils s'étaient vus dans des manières que peu devaient connaître. Ce n'était pas pour celles-ci qu'il avait écrit ces mots, ni qu'il était venu, ni qu'il était assis ici à présent, mais il ne l'oubliait pas. Il ne pouvait pas oublier tout cela. Et c'était sans doute pour ces choses que Montag était revenu. Au nom de ces choses, du fait qu'il ne pourrait pas, qu'il ne voulait pas les oublier.
Cette femme qu'il avait vue, il ne voulait pas l'oublier.
« Tu parles comme si tu étais à la fin de quelque chose. » Il avait dit cela sans réprobation. « Alors que je sais bien que tout cela n'est pas vrai, ou pourrait ne pas l'être. Tu n'as pas l'air passionnée par Londres non plus. Ce quotidien réglé n'a pas l'air aussi confortable que tu me le racontes. » La routine, comme elle avait appelé ce cauchemar — c'est en la fuyant qu'ils s'étaient rencontrés. Il ne pouvait croire à un caprice de sa part. « Je n'ai rien contre Londres, je sais toutes les choses merveilleuses qu'on peut y trouver. Mais, c'est la façon dont j'y vis qui me dérange. » Qui le trouble assez pour qu'il vienne ici. Dans son appartement misérable et ce désespoir languissant qu'il traînait comme un imbécile. « Les choses qu'il y a en Suède... Sont difficiles à trouver ici. Parce que je cherche mal, je suppose. » Parce qu'il ne savait pas comment chercher.
Il pouvait très bien repartir. Abandonner, une fois de plus, comme il savait si bien le faire. Même vide d'argent et de volonté, il pouvait très bien se lever et partir maintenant, prendre un bateau, ne jamais rentrer même ! Ou se changer et rester à tout jamais dans la forêt, vivre comme un renard plutôt que comme un homme — quelque chose pour encore refuser de rester là. Et ce n'était pas une maladie dont il souffrait seul, n'est-ce pas ? Puisqu'elle avait voulu de lui ce soir-là.

« Je n'ai pas vraiment visité la Suède à part Malmö et Stockholm. » Ce n'était pas une invitation qu'il avait déguisée, il doutait qu'elle puisse prendre part à des enfantillages qu'il n'avait pas le luxe de se permettre. Pouvait-il seulement envisager de partir avec elle ? Il n'avait aucun sentiment autre que de la cordialité pour elle, bien évidemment — et cette chose qui le maintenait assis, mais, il pouvait imaginer partir avec elle. Recommencer cela avec elle. Sans la toucher pour autant, il ne se sentait plus à cela aujourd'hui, mais, pour cette intimité qu'il avait connue, qu'il voulait tant depuis qu'il était rentré — il irait n'importe où pour la retrouver.
Pour lui. Rien que pour lui. Par égoïsme, obtenir cela d'elle. Même s'il n'y a pas d'autre désir que sa seule présence.
« Tu peux t'échapper ici aussi, j'imagine. Même si je n'arrive pas à trouver comment... Je crois que d'autres y arrivent. Alors, ça doit être une question d'habitude, tu as peut-être raison... De trouver cette bulle-là. Mais, si jamais tu as de la place dans une de tes valises ou dans une bulle quelconque, j'espère que tu penseras à moi. »



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Forget all about equality ▬ Mila
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